Je ne peux pas commencer ma journée sans avoir lu mon
horoscope. Ma drogue, c’est l’astrologie. Elle est un pansement
qui soigne la peur de l’inconnu, un patch anti-hasard que je me
colle sur la peau tous les matins.
Les planètes régissent ma vie comme une partition de musique.
Il faut que tous les événements s’enchaînent sans la
moindre fausse note, sans la moindre hésitation. Les astres sont
comme un chef d’orchestre qui, de sa baguette, me dirige vers
la bonne direction. Avec eux, j’avance dans le bon sens. J’ai
besoin d’être guidée à travers tous les labyrinthes qui se
présentent à moi pour ne pas me perdre. Tous les matins, je
veille au bon déroulement de ma journée en trouvant des solutions
à des problèmes qui n’existent pas encore...
Nous étions assis dans la salle d’attente jouxtant le cabinet du
docteur Amiot. Julie avait les yeux embués. Ses cuisses à peine
recouvertes d’une minijupe en jean délavé accueillaient ma tête
qu’elle caressait presque mécaniquement de ses mains fébriles,
les yeux dans le vague.
Soudain, ses doigts se tétanisèrent sur mon crâne.
– Pourquoi as-tu fait ça, pauvre débile ? Pourquoi ?, hurla-t-elle.
Ses ongles longs me lacérèrent la peau. Je ne pus réprimer un
cri de douleur. Des larmes déferlèrent sur ses joues, le barrage
que formaient ses cils cédant sous la pression de la rage et de
la tristesse.
Je me sentis soudain perdu dans cette pièce exiguë à l’atmosphère
oppressante, simplement éclairée par un néon blafard.
Toute cette agitation alerta l’assistant du docteur Amiot qui
entra précipitamment dans la salle, l’air déterminé, une matraque
électrique à la main...
– Ils se réunissent toutes les semaines. Pourquoi n’essayes-tu
pas ? Après tout, ça ne coûte rien…
Un beau jour, j’en avais eu marre d’entendre mes amis, ma
femme, mes enfants, mes collègues me seriner sans cesse cette
petite phrase. Elle finissait par résonner en moi en permanence,
même lorsque j’étais seul et que je consommais en cachette.
Alors, j’avais pris mon courage à deux mains et j’y étais allé.
Oh, cela n’avait pas été facile. Il m’avait bien fallu quinze jours
avant de me convaincre de me lancer, quinze longues journées
à tourner en rond chez moi, comme un lion dans sa cage, quinze
jours à rembarrer tous ceux qui avaient le malheur de m’adresser
la parole ou même, tout bonnement, de passer dans mon champ
de vision.
Puis, un soir, je m’étais vu dans la glace de l’armoire de la
chambre. Pas seulement regardé, mais vu, comme si je me découvrais
pour la première fois. Et j’avais eu peur…