Devant le guichet, la file d’attente était réduite à deux couples
septuagénaires. Jean s’engagea à leur suite. Un fin sourire se
dessina sur son visage fermé. Il n’était pas étonné que cette
énième représentation d’un documentaire en noir et blanc sur la
Première Guerre mondiale ne suscite pas plus d’enthousiasme.
Trop vieux, trop terne…
Lorsque son tour arriva, la guichetière au regard fatigué lui
adressa un sourire complice, celui qu’elle réservait aux habitués.
Elle encaissa avec des gestes lents avant de détacher le ticket
d’entrée de sa bobine circulaire. Le bout de carton marqué d’un
papillon s’échappa de ses doigts pour atterrir sur le gros titre
du quotidien régional glissé sous l’hygiaphone. « Le tueur aux
papillons a encore sévi. L’enquête piétine. » Euphémisme. On ne
savait presque rien. Il semblait frapper au hasard. Rien ne reliait
les affaires, à part l’arme, appelée “nettoyeur de tranchées”, une
lame qui était employée au cours de la Première Guerre mondiale
dans les lignes françaises, et une image stylisée de papillon, noir
et blanc, toujours différente, qu’il laissait sur le cadavre...
Pauvre Blacky
Paul Garcia
C’est reparti ! Ils ne me laisseront jamais tranquille. Il y avait
bien longtemps qu’ils ne m’avaient pas cassé les pieds. Mais
là, pour moi, la fin était proche. Ils avaient décimé mes troupes.
Ce n’est pas pour dire, je suis loin d’être un ange, mais encore
une fois, c’étaient eux qui avaient commencé les premiers.
Ils avaient envoyé leur Sicilien d’entrée. Je ne pouvais pas rester
sans réagir. J’ai riposté en envoyant un de mes hommes en
contre-attaque. Mais depuis, quelle débandade ! Toutes leurs
opérations réussissaient, toutes mes ripostes tombaient à l’eau.
Là, leurs sbires étaient à mes basques. Ils allaient me faire la
peau et, pour eux, la peau d’un Noir ne valait pas grand-chose.
Mais j’étais prêt à la vendre chère...